loading...

ENTRE RÉVOLTE ET INDIFFÉRENCE

À la carte

« Le peuple s’intéresse à la politique quand la politique s’intéresse à lui ». Voilà qui pourrait expliquer l’indifférence flagrante d’une majorité de jeunes Bosniens face au système politique qui régit leur pays. Désabusés par les inégalités et abusés par leurs représentants, beaucoup se voient quitter leur patrie une fois diplômés. « Il y a ceux qui ne réagissent plus, ceux qui se plient au système et ceux qui luttent ». En 2014, ces derniers ont particulièrement haussé la voix : entre manifestations et plénums, la contestation n'a jamais été aussi importante. Qu'en reste-t-il un an après les tant attendues élections générales d'octobre ?

Pour enrichir votre visite par les commentaires des principaux acteurs de la contestation politique, sélectionnez les interlocuteurs qui vous intéressent en cliquant sur leur avatar, puis sur «  Commencer ». Dès que vous entendez le signal sonore , venez découvrir de nouveaux commentaires. Ils apparaîtront sur votre gauche tout au long de votre visite.


Continuer

statistiques Bosnie Herzégovine

Plénums : le pouvoir par le peuple, pour le peuple





« Le plénum est un lieu de discussion, sans censure, où les citoyens se rassemblent de leur plein gré pour réfléchir ensemble et débattre de leur avenir. »




  • 1 qu est ce qu un plenum
  • 2 qui y participe
  • 3 dans combien de villes
  • 4 combien de temps dure un plenum
  • 5 de quoi discute t'on
  • 6 qui anime
  • 7 combien de personnes viennent
  • 8 combien de temps ont perdure les plenums

Une nouvelle vague politique et sociale

Samedi 11 février 2014, 18 h. L'organisation du premier plénum à Tuzla en Fédération de Bosnie-Herzégovine marque un virage dans les manifestations qui secouent le pays depuis le 5 février. Damir Arsenijevic, un des jeunes initiateurs de Tuzla, en est persuadé : « un nouveau langage public doit être créé ». Chômeurs, retraités, étudiants... Si les profils diffèrent selon les villes, tous se réunissent autour des mêmes revendications.

Tuzla, la ville où tout commence

« C'est à Tuzla que tout a commencé et on s'est inspiré de ce qui avait été mis en place là-bas. C'est comme ça qu'on a eu l'idée de faire pareil ici, à Mostar, mais tout était spontané », raconte Amila Topcagic, activiste de Mostar. La jeune femme se rappelle. Le 13 février 2014, « c'était incroyable. Les gens étaient tellement concernés que la grande salle du Centre Abrasevic, le centre culturel pour la jeunesse, était complète ». Et si la Bosnie-Herzégovine souffre de l'immobilisme de ses jeunes, « c'est parce que les politiques contrôlent tout : l'éducation, l'emploi... Donc pour espérer trouver du travail, les jeunes se font recruter par les partis, et leurs carrières peuvent alors évoluer ». Pourtant, beaucoup se sont mobilisés et ont assisté aux plénums.

« Tout était spontané »

Une première tentative, à la fois chaotique et hésitante, a lieu à l’université de Sarajevo. Mais le 14 février, les protestataires s'organisent. « Nous cherchions une solution. Que faire de tous ces gens qui descendaient dans la rue ? Comment s'organiser et proposer un endroit où chacun pourrait exprimer ses revendications ? », s'est alors interrogée Inès Tanovic, nommée à la coordination entre les plénums.

En République serbe, le refrain n'est pas le même. À Banja Luka, une poignée de citoyens se mobilise en soutien aux ouvriers de Tuzla et tente de se calquer sur le modèle lancé en Fédération. Si deux ans auparavant, un essai de plénum a été tenté, il a tourné court et n'a pas été reconduit dans la lignée des grandes villes de la Fédération. « C'était peut-être trop tôt », justifie Drazana Lepir, activiste au sein de l’association Ostra Nula, qui oeuvre pour les droits de l'Homme.

Un aspect thérapeutique

Sans distinction de religion, chaque citoyen est appelé à exprimer ses souffrances. « C'est aussi ça, l'aspect thérapeutique des plénums. Dans un espace public atomisé par la multitude de partis politiques, où le citoyen est un sujet politique à travers le prisme ethnique, c'est la base du plénum. Un modèle d'organisation où le citoyen redevient un sujet individuel », rappelle Damir. Certains plénums, comme à Sarajevo, rassemblent près de 1 000 personnes.

« Le citoyen redevient un sujet individuel »

Autour de grandes problématiques sociales, les doléances s'accumulent, se rejoignent et divergent parfois. Inès se souvient : « Une des principales revendications était la révision du processus de la privatisation. Nous avions donc le groupe pour les médias, le groupe pour la médecine, pour la culture, pour les questions sociales, pour l’agriculture ». À Mostar, « on a voté des demandes concernant l'éducation, l'emploi et plus précisément autour de la privatisation », témoigne Amila. Contre la brutalité du système, les inégalités croissantes entre les pauvres et les riches, pour l'emploi et l'éducation, chacun fait entendre sa voix.

Une mise en commun des réflexions

Face à l'afflux des citoyens, des groupes de réflexion intra et extra plénums sont mis en place. « C'était un vrai challenge », raconte Amila. Comme Damir, à Tuzla, certains se portent volontaires pour assurer la modération des plénums. D'autres encore assurent le lien entre les villes. « Nous insistions sur le fait qu'il fallait être en contact permanent. Nous voyagions beaucoup. Ceux de Tuzla allaient jusqu'à Zenica, Mostar et Sarajevo. Nous, on partait de la capitale, pour aller à Bugojno, Gorjni Vakuf, partout où il existait un plénum », explique Inès.

« En contact permanent avec les autres villes »

Rassemblées et votées, les revendications sont directement remontées aux gouvernements locaux. Outre les réseaux sociaux, pour assurer le relais entre les villes, des groupes se rencontrent régulièrement. Parmi les 2 000 revendications initiales, dix ont été sélectionnées et envoyées au gouvernement, mais sont restées lettres mortes.

Menaces, rumeurs, infiltrations : entre espoir et désillusion

« Sur le papier, la démocratie directe, c'est une chose, mais dans la réalité, ce n’est pas aussi simple ». Lucide, Inès reconnaît la beauté du principe, sans pour autant oublier les problématiques rencontrées. La question de la logistique apparaît alors comme une des principales difficultés. Un obstacle accentué par la mauvaise volonté des institutions. « On a dû menacer de faire de nouvelles manifestations pour obtenir l'accès aux locaux des institutions publiques », précise Damir.

À Mostar, tous se regroupent au centre Abrasevic, le centre culturel pour la jeunesse. À Sarajevo, pendant un temps, les citoyens se regroupent à la Maison des jeunes. Une solution provisoire, soldée par un retour dans la rue. « Le gouvernement nous a présenté des factures pour la Maison des jeunes, avec des sommes aberrantes que nous ne comprenions pas », raconte Inès. « Je comprends que les gens ne veuillent pas être dans la rue pendant deux ou trois heures sous la pluie, le froid ». Pied de nez aux manifestants, la salle est ré-attribuée au SDA, le parti politique au pouvoir. « En faisant comme si ça n'existait pas, c'est comme ça que le gouvernement a pu faire passer son message », ajoute la jeune activiste.

« En Bosnie-Herzégovine, tout le monde se méfie de tout »

Alors que l'ombre des politiques plane toujours sur les protestataires, des rumeurs d'infiltrations et de répressions circulent. « De la police aux fonctionnaires d’état, leur but était de détruire ce que nous faisions », témoigne Inès. « Ce n’est heureusement pas arrivé mais quelqu’un de l’élite politique aurait pu, par exemple, payer 2 000 personnes pour venir à la Maison des jeunes et voter contre nous ». À Tuzla, Damir explique les rumeurs d’infiltration : « En Bosnie-Herzégovine, tout le monde se méfie de tout. Tout le monde parle de corruption chez nos politiques, là, c’est une continuité ».

Et après ?

Sans financement extérieur, dans l'indifférence du gouvernement et dans l'incapacité matérielle d’entretenir les plénums sous cette forme, les réunions s'espacent et rassemblent moins de monde. « C'est très difficile de relancer les mouvements et impossible de trouver des solutions pour la Bosnie-Herzégovine en quelques mois », précise Damir. « Si les plénums en tant que grandes assemblées n'ont pas été maintenus, cela ne veut pas dire que les gens ne font plus rien, qu'ils se soient arrêtés ou retirés, ou qu'ils aient renoncé », affirme Inès.

Amila, Damir, Drazana et Inès restent unanimes : les plénums ont profondément bouleversé le modèle politique bosnien et marqué les esprits des citoyens. Avec conviction, Damir l'affirme : « Je pense qu'à l'avenir, on sera témoin de plus de manifestations, d'une nouvelle manière de s'organiser, parce que ce type de lutte n'est pas spécifique à la Bosnie-Herzégovine, c'est une lutte internationale qui concerne tous les opprimés ».

Pour illustrer la contestation bosnienne, Amila, Damir, Inès et Drazana ont marché dans les traces de ceux qui, comme eux, ont choisi d'agir. Appareils photos en main, les quatre jeunes activistes ont figé des lieux, places ou bâtiments, symboles de leur envie de changement.

« C'est une lutte internationale qui concerne tous les opprimés »

Le point de vue des activistes en images

Objectif contestation

  • Drazana Lepir
  • Damir Arsenjevic
  • Ines Tanovic
  • Amila Topagic

BANJA LUKA : Drazana Lepir

Monument aux morts

monument aux morts
monument aux morts

Parc Mladen Stojanovic

parc mladen stojanovic
mladen stojanovic

Batterfly

batterfly
batterfly

TUZLA : Damir Arsenijevic

La banque alimentaire

banque alimentaire
banque alimentaire

Usine Dita

usine dita
usine dita
usine dita

SARAJEVO : Ines Tanovic

Batiment cantonal

Batiment cantonal
Batiment cantonal

Festina Lente Bridge

Festina Lente Bridge
Festina Lente Bridge

Maison des jeunes

Maison des jeunes
Maison des jeunes

Pont Latin

Pont Latin
Pont Latin

MOSTAR : Amila Topcagic

Manufacture tabac

Manufacture tabac
Manufacture tabac

Hôtel de ville

Hôtel de ville
Hôtel de ville

Université

Université
Université

Fermer

De l'autre côté de la rue : c'est là-bas que l'église a été reconstruite. Après la Seconde Guerre mondiale, l'édifice religieux a remplacé le parc. Le monument aux morts des combattants de 1939 - 1945 a lui aussi été déplacé. Un désaveu pour Drazana. « Mon père est aujourd'hui âgé de 90 ans. Il était partisan et a oeuvré contre le fascisme, mais pas seulement. L'après-guerre a participé à une renaissance intellectuelle, industrielle, économique et spirituelle ». Drazana regrette que, dans les années 1990, beaucoup n'aient pas suivi le chemin tracé par cette génération.

monument aux morts

« Nous avons creusé notre propre fosse. Une fosse dont nous essayons aujourd'hui de sortir ». Comme s'il n'avait pas sa place en plein cœur du centre ville, le monument aux morts a été délogé. « Tout comme ce mémorial, nos valeurs ont été déplacées. Nous ne luttons plus contre le fascisme, sauf à certaines dates. Ces partisans eux, n'ont jamais arrêté de combattre. Pourtant, ils sont presque tombés en disgrâce... ».

monument aux morts

« Ici, ces dernières années, beaucoup de gens ont fait la grève de la faim pour revendiquer leur droit ». En République serbe, la population n'est pas autorisée à se réunir devant les bâtiments officiels à moins de 50 mètres. À Banja Luka, il n'existe que peu d'endroits où les habitants peuvent se retrouver pour manifester. Proche du bâtiment du gouvernement, le parc Mladen Stojanovic est donc devenu un haut lieu de rencontre et d’expression libre. « C'est à cet endroit, il y a trois ans, que nous avons créé « Le parc est à nous », des groupes de discussion en extérieur ».

Parc MLADEN STOJANOVIĆ

« Nous voulons casser les préjugés sur Banja Luka, montrer que nous pouvons discuter librement et publiquement sans que quelqu'un nous attaque. Nous voulons prouver que nous sommes en zone libre ». En dehors du parc, il n'existe qu'un seul autre lieu où les citoyens peuvent se rassembler légalement : la place Krajina. Au cœur du seul parc de Banja Luka qui n'a pas été détruit ou changé, tous les jeunes de Bosnie-Herzégovine sont invités à échanger leurs opinions, rencontrer des conférenciers, le tout, à ciel ouvert « pour ne pas s'enfermer ».

Parc MLADEN STOJANOVIĆ

Au bout de l'allée, Drazana observe les quelques vestiges d'une jeunesse révolue. Il y a quelques années, le Batterfly, un drugstore ouvert jours et nuits, se dressait encore. « Ici, j'ai passé mes plus folles années d'adolescence. Nous nous rassemblions pour boire un verre après un concert, une pièce de théâtre ou un film. Nous discutions beaucoup et je pense qu'un certain esprit de contestation est parti d'ici ».

Batterfly

« Avec tous les autres, nous partagions des valeurs. Et si la plupart des jeunes que je fréquentais sont aujourd'hui partis, d'autres sont restés. Une partie a changé, mais l'autre a gardé cette mentalité ». Des nuits folles de Banja Luka, Drazana retient surtout le brassage culturel et les alternatives institutionnelles et culturelles qu'offrait la ville et la vie nocturne. « Des possibilités variées dédiées aux jeunes, mais aussi à toutes les générations et que l'on retrouve moins aujourd'hui ».

Batterfly

« Regardez dans quelles conditions on les accueille ! ». Choqué lorsqu'il passe devant le petit bâtiment qui abrite la banque alimentaire de la ville, Damir s'arrête et revient sur la pauvreté de Tuzla. « Je vous ai emmené ici car c’est une banque alimentaire pour les personnes les plus pauvres. Le bâtiment est complètement délabré ». De l'autre côté de la rue, à quelques mètres à peine, les personnes les plus aisées viennent s'asseoir aux tables d'un des restaurants les plus chers de la ville.

La banque alimentaire

« L'état de la banque alimentaire montre bien à quel point le gouvernement déconsidère le peuple, il traite les pauvres avec mépris ». L'activiste raconte aussi la honte de ceux qui font la queue pour boire une soupe. « On est arrivé à un point où nos pauvres ont honte d’être pauvres, honte de leur situation ».

La banque alimentaire

Jusqu'en 1998, date de sa privatisation, le grand complexe chimique Dita (Industrija Deterdženata Tuzla) compte plus de 1 000 salariés. Depuis, les licenciements successifs et la détérioration des machines ont participé à l'embrasement de la révolte ouvrière en février 2014. Avec Emina Busuladjic, responsable syndicale de l'entreprise et donatrice du nouveau syndicat Solidarnost, Damir pousse les grilles de l'usine, alors quasiment déserte. « Les travailleurs ont été complètement méprisés par la communauté. Ce qui est vraiment important, c'est de dire que pendant les manifestations, les demandes des travailleurs sont subitement devenues les demandes de toute la société ».

L’Usine Dita

« Il ne s'agit pas d'une grève, mais d'une protestation pour que la production reprenne. Même si l'usine ne produit plus, elle est toujours en vie ». Aujourd’hui, les ouvriers espèrent une révision des privatisations. « Cela signifierait la poursuite en justice des crimes financiers qui ont résulté de la guerre. Beaucoup en ont profité pour voler les propriétés. Des usines ont été achetées puis détruites afin de revendre leurs terres et leurs matériaux. ».

L’Usine Dita

Après les élections d'octobre, les activités de l'usine Dita de Tuzla ont repris. C'est de cette usine qu'étaient parties les contestations. Aujourd'hui, l'entreprise paye l'Etat, son assurance maladie et sa sécurité sociale. Il y a un mois, les salariés ont reçu leur première paye, après mille jours de grève. Avec Emina Busuladzic comme représentante, ils se sont battus pour leurs droits.

Pour aider la reprise, la chaîne de supermachés Bingoa apporté des matériaux basiques nécessaires à la production des produits ménagers de l'entreprise Dita, dont la demande reste très élevée en Bosnie-Herzégovine.

Pour que l'entreprise débloque ses comptes qui, pour le moment, restent gelés par les banques, il faut maintenant qu'elle développe sa production. De nombreux volontaires ont rejoint les travailleurs pour les aider dans leur tâche.

Les contestations ont donc amené au moins un signe positif et un espoir pour le pays.

L’Usine Dita

« Kosije glad Zanje Bijes ! Qui sème la faim, récolte la colère ». À la peinture, la note a été taguée en rouge sur la façade du bâtiment du gouvernement cantonal. Une tentative des citoyens pour rappeler à ses représentants que leur situation n'est pas celle pour laquelle ils les ont élus. Aux alentours de 15 h, le 7 février 2014, le bâtiment a été en partie brûlé. Inès revient sur la symbolique des lieux.

Le Bâtiment cantonal

« Ce bâtiment représente tout ce contre quoi les citoyens de Sarajevo et des autres villes de Bosnie-Herzégovine manifestent ». Haut lieu de réunion du gouvernement cantonal de la capitale, c'est ici que les manifestants se sont réunis le 7 février 2014 pour protester et apporter leur soutien aux ouvriers de Tuzla.

Le Bâtiment cantonal

« Ce pays a besoin d'avancer plus rapidement, mais d'un autre côté, il ne faut pas que les pas soient trop rapides, au risque de bouleverser les mentalités ». Construit en 2011, le Festina Lente Bridge mesure près de 38 mètres et enjambe la rivière Miljacka. Symbole d'un renouveau, Inès a tenu à fouler le monstre de verre et d'aluminium pour imager la mentalité bosnienne.

Festina Lente Bridge

Plus de deux ans déjà après les premières manifestations de février 2012, Inès revient sur la difficulté de changer les mentalités, de les faire évoluer. Pourtant, la jeune femme insiste sur la volonté des Bosniens de s'unir, de travailler ensemble et affirme que personne n'a perdu l'envie. « Ce pont représente un peu notre mentalité. Le peuple bosnien veut avancer, mais pas trop vite ».

Festina Lente Bridge

« La maison des jeunes était notre maison ». Alors que les protestations se poursuivent au printemps 2014, les manifestants s'auto-organisent en assemblées citoyennes. De la plus grande salle de la capitale, les revendications s'élèvent et la clameur des mécontentements se fait entendre. Chacun peut s'exprimer directement et librement. Factures exorbitantes et frais surréalistes, les citoyens finiront pourtant par être expulsés.

La maison des jeunes

À quelques jours des élections, Inès s’arrêtait à quelques mètres du bâtiment. Les façades ont été recouvertes d'affiches du SDA, parti nationaliste au pouvoir. « Avoir à nouveau leurs affiches à cet endroit montre tout à fait combien les autorités ont ignoré leurs citoyens, même après des manifestations aussi importantes que celles de février ».

La maison des jeunes

Une halte au Pont Latin et Inès plonge dans l'histoire, jusqu'au 28 juin 1914 : date de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand par le jeune nationaliste serbe Gavrilo Princip. « Pour beaucoup, cette date a marqué le début de la Première Guerre mondiale ». En 2014, à Sarajevo, des délégations du monde entier sont venues commémorer le centenaire de l'attentat.

Le Pont Latin

Le 28 juin 2014, un petit groupe de manifestants portant des masques à l'effigie de Gavrilo Princip s'est glissé au milieu des commémorations. « Pour eux, Gavrilo Princip n'était pas un terroriste. Ce n'était pas un nationaliste, mais un jeune homme qui protestait contre la situation sociale en Bosnie-Herzégovine ». Et s'il était vivant, Gavrilo Princip aurait-il été dans les manifestations de février 2014 ? Pour certains, cette version ne fait aucun doute.

Le Pont Latin

« À l'époque de la Yougoslavie, on avait des usines qui produisaient tout, donc on avait besoin de rien venant de l'extérieur ». Nostalgique, presque, Amila pénètre dans une usine de tabac, aujourd'hui désaffectée. Symbole de la privatisation à outrance d'après-guerre, le lieu n'est qu'un exemple parmi tant d'autres dans l'ensemble du pays. Peu à peu, beaucoup ont perdu leur travail et la situation économique s'est dégradée.

La manufacture de tabac

Vingt ans après la fin de la guerre, les ouvriers demandent encore à se faire payer des salaires et à ce que leurs droits soient enfin reconnus. « Mais rien n'a changé. Ces privatisations sont la pire chose qui soit arrivée en Bosnie-Herzégovine ». Aujourd'hui, les usines ferment peu à peu leurs portes. « Les choses ont pris la plus désastreuse des directions ».

La manufacture de tabac

« C'est un exemple classique de ce que l'on appelle la laideur de la ville ». Détruit pendant la guerre et reconstruit il y a quatre ans, l'hôtel de ville a été incendié en février 2014. Toujours calciné, le bâtiment reste une image forte des actions menées lors des manifestations. « Ce lieu est un véritable symbole de ce qui se passe en Bosnie-Herzégovine depuis 20 ans ».

la mairie

Transformé en hôtel de ville pendant la guerre, le bâtiment n'a été que peu utilisé par les conseillers de la ville. « Peu de temps après la fin des travaux, un monument en hommage aux combattants du HVO (l'armée croate de Bosnie-Herzégovine) a été élevé. À cause des problèmes politiques, certains ne rentraient même pas dans l'hôtel de ville ». Enlevé par les politiques bosniaques, le monument en hommage aux soldats est tombé quelques jours avant l'explosion du bâtiment. « Beaucoup d'argent public a été dépensé dans ce bâtiment. Et le plus triste, c'est qu'avant la guerre, c'était une école qu'ils ont pris aux enfants ».

la mairie

« Deux écoles sous un toit ». Devant l'université de Mostar, Amila insiste sur la persistance des divisions entre les communautés. Une différence tenace, que tend à favoriser le système éducatif. À chacun sa porte, bosniaques et croates empruntent deux entrées opposées. « Leurs pauses sont fixées à plusieurs intervalles pour qu'ils ne se croisent pas ».

l’Université

Un exemple parmi tant d'autres qu'Amila a choisi pour illustrer la fracture entre les communautés. Initialement justifiées en raison des langues, « la ségrégation et la division ont atteint leur sommet et vous ne pouvez même pas imaginer combien de générations de jeunes ont été intoxiquées avec ces idées nationalistes ».

l’Université

« Nous sommes les esclaves du passé »

Les spécialistes sont catégoriques : la jeunesse bosnienne est désemparée devant la vie politique de son pays. Elle ne s’y intéresse pas ou est dépassée par le système. Accusée de tous les maux, rejetée ou même instrumentalisée par les partis, cette génération d’après-guerre ne s’y retrouve pas et semble résignée, fataliste, face au marasme politique dans lequel s’est embourbé son pays. Pourtant, certains ont décidé de faire entendre leur voix. Marina, Dejan, Milorad, Alen, Danijela, Branislav et Ana-Maria font partie de cette nouvelle génération. Afin de mieux comprendre cette jeunesse à l'aube des élections générales d'octobre 2014, ils ont accepté d’apporter un regard sur la situation de leur pays : pour que certains ne le fassent à leur place.

Sept jours en période électorale

Fermer

En octobre 2014, des élections générales sont organisées afin d'élire les trois présidents de la Bosnie-Herzégovine (un par communauté), les différentes Assemblées nationales ainsi que les Assemblées cantonales et enfin les représentants municipaux. Un labyrinthe politique pour une majeure partie de la population !

Cliquez pour entrer au coeur des élections

Une troisième vague ?

Près d'un an déjà que les élections générales d'octobre ont eu lieu. L'année 2015 a apportée son lot de questionnements. Plus de deux ans après les premières révoltes de Tuzla, comment Ines, Amila, Damir, Drazana et les autres appréhendent-ils les futurs évènements ? Quels bilans, quels espoirs ? Une certitude, en cette matinée d'automne 2015, le pont reste encore à franchir.


Continuer